Ce soir-là, assise sur son comptoir, elle contemplait les passants, le regard dans le vide.
Quelles idées trottaient-elles encore dans sa petite tête de jeune fille? Nul n’aurait su,
nul n’aurait pu le dire. Elle-même en aurait été incapable.
Elle pensait à lui, certes mais elle pensait encore à beaucoup d’autres choses, des choses,
des pensées qui allaient et venaient encore et toujours dans sa petite tête de jeune fille, tout
comme les passants qu’elle ne cessait de voir, allant et venant de part et d’autre de la petite
ruelle en face de la boutique dans laquelle elle se tenait.
C'était un soir, comme les autres, pas comme les autres. un soir, un après-midi de vacances,
pas d'été, ni de printemps, d’hiver ou d’automne. C'était un soir d’harmattan ou de mousson,
le temps semblait ne pas laisser connaître de quelle saison climatique il s’agissait. Tout
compte fait, elle était toujours assise dans la boutique, sur son tabouret de bois, toujours au
même endroit derrière le comptoir et repensait au message qu’elle avait reçu quelques
minutes plutôt. Fallait-il le relire? Non, elle l’avait lu, lu, lu et relu plusieurs fois, maintes
fois pour en connaître les moindres petits détails, les tournures, la ponctuation. C’en était
assez? Elle semblait submergée, dépassée. Il s’agissait de l’un de ces moments où tu as le
sentiment que le ciel te tombe sur la tête, mais non il ne s’agissait pas de cela, elle semblait
au contraire, portée par la terre vers les nuages.
Ce moment, elle l’avait imaginé de maintes façons, elle l’avait désiré mais elle l'avait aussi
redouté dans son cœur. Elle s’était fait mille-et-une idées sur la question et semblait pourtant
s’y être préparée à l’avance. Par contre, elle ne savait toujours pas quoi faire, ni comment
s’y prendre. lui aurait-il fallu des décennies pour se préparer, pour réagir? Le monde aurait
pu attendre même la fin du monde, elle se rendit à l’évidence qu’elle n’aurait jamais pu être
totalement prête de toutes les façons, et qu’il eût été plus judicieux de se jeter à l’eau tel
quel et de jouer le jeu.
Elle se décida, enfin, à prendre le téléphone et à appeler. Au bout du fil, une voix répondit:
Allô, bonsoir, Ahouefa! Comment tu vas?
Bonsoir, Esso, je vais bien et toi?
Je vais bien également. On dit quoi? Ta journée s’est bien passée?
oui oui, elle s’est bien passée grâce à Dieu. Et de ton côté?
Ca va aussi, Dieu merci
Bien, ça fait plaisir de le savoir. Je viens en fait de recevoir un message de ta part me
disant que tu es amoureux de moi. en fait je n’ai pas très bien compris, de quoi
s’agit -il? Tu peux m’expliquer s’il-te-plaît?
Ah bon!? Excuse-moi, en fait ce n’est pas véritablement moi qui ai envoyé le message,
c’est un cousin à moi qui est passé chez moi qui l’a fait. j’étais en train de causer de
toi avec lui et il a sûrement profité de mon absence momentanée pour le faire. Enfin,
je voulais causer avec toi, donne moi quelques minutes, le temps que je finisse de
faire certaines corvées que j’ai ici et je te rappelle stp.
D'accord, il n’ y a pas de souci? A tout à l’heure alors.
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